Reprise. On ne parle pas souvent, dans ces colonnes, des reprises de films. D'une part, parce que ces reprises ne finissent pas souvent sur les écrans lyonnais, ou, quand c'est le cas ne sont pas forcément soutenues par le cinéma (exemple récent de l'apparition/disparition express du fabuleux mais ardu film de Lumet, The Offense, ou de la reprise dingue de Barry Lindon sur... une séance par semaine, au Comoedia ! D'autre part parce que résolument, lors de la création de ce blog, nous avions décidé de nous tourner vers une ligne éditoriale en accord avec celle de Hors-Ecran, soit vers le cinéma nouveau, inédit. Mais à un moment, à force de détester tous ces mauvais nouveaux films, on aimerait bien parler de cinéma. Donc, finalement, vive les reprises.


Antonioni. Et pas n'importe quelle reprise. Mission, petit distributeur, a décidé de sortir sur 5 copies neuves en France Zabriskie Point, chef d'oeuvre d'Antonioni, mais aussi, film très particulier dans sa filmographie, si cette dernière était réellement classable. Antonioni, c'est L'avventura, Blow Up, Profession Reporter, L'éclipse... Des films aux grands acteurs et au franc succès populaire en salles. En 1969, inspiré par les nombreux mouvements de révolte étudiante, le réalisateur décide de signer un film sur la jeunesse actuelle et ses revendications. Ce sera Zabriskie Point, tiré d'un fait divers emblématique, et qui suit les tribulations de Marc, révolté de nature contre le pouvoir en place et la répression des mouvements de contestation. Le film est financé par la MGM, mais Antonioni fait le choix de le tourner sans tête d'affiche. Zabriskie Point est très rapidement auréolé d'une aura scandaleuse et les groupes politiques font pression contre la diffusion dudit film en salles.


Subjugué.Pour quiconque aura la chance de découvrir de Zabriskie Point, il faudra prendre des précautions. S'immuniser contre la beauté des plans, la fulgurance des scènes (amour dans le désert, explosion finale), la bande originale incroyable (des Floyd aux Stones). Ne pas se laisser subjuguer. Ne pas se laisser immerger. Ou au contraire. Se perdre dans les délices de ce film majeur du cinéma mondial, créé par un cinéaste à tout jamais regretté. En attendant, on militera auprès des salles de Lyon pour une reprise du film, et on refusera d'en faire une réelle étude avant de l'avoir revu sur grand écran, tant l'expérience vécue nous avait laissé un souvenir impérissable, miraculeux.