La sortie d'un nouvel album de Biolay est toujours un évènement dans le microcosme de la chanson française ; l'occasion pour les passionnés de comparer leur érudition (les journalistes du magazine magic en premier), et pour les chiens de cracher sur l'ambulance.

Le premier album du bonhomme, Rose Kennedy, s'il étonnait par un faux classicisme assumé, était un coup de maître, ne serait-ce que parce qu'il posait les bases d'une oeuvre à venir à base de concepts-albums sans cesse remis en questions, par son auteur comme par ses détracteurs - et ses admirateurs. Après le succès du grand petit premier, c'est le monstrueux et incompris (car incompréhensible) Négatif, album fleuve en 2 CD, retouché et raccourci quelques mois plus tard lors d'une ressortie, qui posait cependant les bases d'un univers plus noir que prévu, et d'un autre album incompris car par trop personnel : le décevant car déceptif Home. Dernier album en date, A l'origine explosait les standards de la chanson française pour donner dans le flow langoureux et la noirceur assumée. On avait compris que plus rien ne serait comme avant dans sa discographie.

Trash yéyé est le volume 2 assumé d'à l'origine. Le premier titre, Bien avant, renvoie à l'inoubliable Mes peines de coeur d'A l'origine. L'ouverture album embraye ensuite sur Douloureux dedans, que, comme d'habitude, on interprètera comme une lettre d'amour déçu à son ex-femme, et à Keren Ann. Une fois ces morceaux-transitions et passages obligés (qui gagnent à une seconde écoute), l'album démarre réellement pour ne plus vraiment redescendre. D'incroyables morceaux de bravoure pop-biolaysque (Regarder la lumière, Laisse aboyer les chiens, Qu'est-ce que ça peut faire) aux morceaux sensuels dignes d'une BO d'un tarantino (La garçonnière), l'album est moins la chronique dépressive qu'il se voudrait être qu'un regard lucide sur la trentaine désabusée. Clins d'oeil à sa propre discographie et à ses aventures passées (La chambre d'amis en ligne droite de ses concerts piano solo et de Novembre toute l'année, premier titre de son premier album), mais musicalement suffisamment complexe pour qu'on le redécouvre à chaque écoute, l'album est une grande réussite, car il propose, et impose, une vision personnelle de la pop à la française, tout en restant savamment linéaire et grand public.

Benjamin Biolay - Trash yéyé - Virgin - sortie le 05.09.2007