Totem - Zazie
Par Lug Cinéma, mercredi 13 juin 2007 à 16:34 :: Musique :: #10 :: rss

La carrière exemplaire de Zazie a constamment su s'appuyer sur un flagrant jeu sur l'image. Que ce soit lors de ses fameux débuts comme mannequins, ou le soin tout particulier apporté à la mise en scène de ses pochettes d'album ou ses clips, la belle joue avec les différents aspects de sa personnalité et l'imagerie qui s'y réfère. Jusqu'à donner à ce dernier album le nom de Totem, représentation symbolique d'un animal ou d'une entité protectrice.
Et d'image, il en est beaucoup question dans cet album. De la description d'une humanité totémique (magistral Je suis un homme) à la représentation idéalisée, et donc désillusionnée, de l'amour (Totem, 07 dec.), Zazie brode son thème en utilisant rythmes binaires et mélopées simples mais efficaces. On pense parfois à Bjork et Tori Amos, sans la même force d'interprétation : la voix éraillée dans l'indignation commence à devenir un tic qui risque de s'avérer lassant à terme. Comme souvent chez la chanteuse, gageons que l'album prendra toute sa force épaulé d'une mise en lumière efficace sur scène.
La grande surprise, c'est surtout la forme cette fois utilisée pour exprimer les idées : une écriture à la syntaxe simple, répétée, épurée de jeux de mots dans le passé parfois lourdingues, pour aboutir à une expression beaucoup plus poétique et évocatrice que dans les précédentes oeuvres de l'artiste. Elle trouve ici la plus belle façon d'animer son concept en imposant des textes expiatoires, des coups de sangs, d'incompréhension, de révolte, ou juste des billets d'humeur (imparable "Ca" sur les restes d'un amour passé), tels des rites ancestraux transmis de femme à femme. Des textes à la portée de chacun, qui ne se prennent pas pour ce qu'ils ne sont pas. Et c'est, en France, suffisamment rare pour être amplement signalé.
Au chroniqueur ensuite, d'y voir le bien ou le mal, de se laisser prendre dans les toiles de l'artiste en se laissant enfermé dans un cocon musical tout en nappes électriques (rappelant la production de l'opus Made in Love) et rythmes tribaux (très Je,tu,ils) ou d'en expurger les morceaux les plus faibles (Na, Duo, Flower Power, Des Rails). De se demander à quel point Zazie était consciente, en travaillant cet album-somme, d'écrire sur sa façon d'être, sur sa façon de travailler, tout en images. Sa biographie officielle ne s'appelle-t-elle pas, d'ailleurs, Sauvage comme une image ? En tous les cas, si c'est un album bilan, c'est album admirable. Et donc admiré.






















Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.