Samarra, ton univers pitoyable. Le nouveau film de Brian de Palma arrive sur les écrans français, bourré de bonnes intentions et d'images pseudo-réalistes, histoire de retranscrire la difficulté de perception du témoignage de guerre et de l'impuissance du guerrier. Filmé en numérique, Redacted est basé sur un concept mélangeant les sources d'images (journal intime vidéo, documentaire, sites internet, reportage JT...). Si, pour traiter le sujet, ce choix surprenant peut sembler tout à fait judicieux, à la réalisation, ça rame sec. De Palma ne quitte jamais le langage cinématographique même quand il fait semblant de filmer un documentaire ou un reportage JT ; les acteurs jouent horriblement ; le montage est inutilement "amateur" et l'hommage à Kubrick plus qu'appuyé trouve son apogée dans la diffusion de la Sarabande de Haendel quasiin extenso.

Inadmissible. Le problème, c'est que le sujet est suffisamment intéressant, voire douloureux, pour qu'on trouve directement inadmissible la balourdise d'un film résumé à son propre concept qui n'arrive, finalement, pas à interroger le spectateur sur la subjectivité du regard. On a du mal à comprendre comment le film a pu obtenir le Lion d'Argent à Venise. Tiré d'une histoire vraie, le sujet valait mieux qu'un traitement par l'abstrait et une réalisation théorique et roublarde. Un film franchement raté, donc, malgré une intention intéressante. Dommage.

Redacted, de Brian de Palma, avec des acteurs inconnus, sortie le 20 février 2008