Beaucoup de bruit pour rien.On nous l'avait vendu comme une réflexion puissante sur le pouvoir de la télé réalité, la corruption des corps en direct sous l'influence de la caméra, assaisonnée d'un poil de perversité. Ce qui nous avait intrigué, car des amis barcelonais nous avait plutôt décrit le film comme un film d'épouvante sympathique, classique divertissement un peu poussif mais excellent film du vendredi soir. Il nous avait donc fallu aller nous en rendre compte par nous même. Et force nous est fallu constater que, si les deux réalisateurs espagnols ont rendu une copie honnête d'un film divertissant et sympathique, il n'a ni la nouveauté du Projet Blair Witch ni l'intelligence d'un Cloverfield.

Le choc des images. Car l'intelligence d'un Cloverfield était d'utiliser un processus narratif intriguant (la première personne, en filmant "en direct" des évènements meurtriers) pour l'injecter dans un espace infini : l'intégralité d'une ville dans laquelle le danger peut survenir de partout. C'est cette imprévisibilité qui permettait d'induire la tension. C'est là qu'échoue Rec : en filmant l'intégralité d'un huis clos sans évolution possible dans l'espace, les réalisateurs oublient ce que Hitchcock et Reeves avaient compris : le spectateur est plus impressionné par ce qu'il devine que par ce qu'il voit. Du coup, trop d'images tuent l'image, et la faiblesse d'un scénario attendu (la propagation d'un virus dans un lieu clos) et l'artifice des situations (il y a un infecté dans la pièce d'à coté, mais je me mets contre la porte) saute aux yeux. Et c'est finalement quand, contraints de faire avancer le film vers une issue quelconque, les réalisateurs tendent vers le désespéré et l'inattendu (la dernière ascension de l'immeuble et la découverte de l'appartement du dernier étage), que le film, enfin, trouve un enjeu et effraie vraiment. Il était temps.

Symptômes. Mais la vraie victoire de ce film anecdotique est finalement d'être symptomatique d'un des maux de la critique cinéma actuelle. A trop vouloir théoriser, on en vient à se laisser piéger par les images et les théories, sans réellement regarder ce qui nous est montré. Quand la virtualité l'emporte sur la réalité, la mort de l'âme n'est pas loin.

Rec o de P.Plaza et Jaume Balaguero, avec Manuela Velasco. Sortie le 21 avril 2008 ; sortie du remake américain le 31 décembre 2008.