Suisse. Un jeune homme emménage au fin fond d'une vallée suisse avec sa petite amie qui vient d'y être nommée professeur des écoles. Le journal local l'engage pour animer ses colonnes. Bientôt, pour faire plaisir à un annonceur, on va lui demander d'écrire sur le cinéma, alors qu'il n'y connait rien.
Cinéma. Lionel Baier est un réalisateur suisse dont on parle souvent dans ces colonnes. Il allie les exigences formelles et esthètes d'un cinéma d'auteur intriguant à la simplicité d'idées et de leurs expressions à l'écran. Enseignant de cinéma à Lausanne, sa grande culture cinématographique (on se souvient d'une soirée à Hors-Ecran passée à disserter ensemble sur le cinéma polonais d'après-guerre) ne dépasse jamais sa volonté de faire ses films, en utilisant ses procédés narratifs et en refusant à la fois facilité et de snober son spectateur - comme quoi les deux sont possibles.
On relève quand même, dans son travail de fiction, une certaine obsession pour les personnages qui tentent d'échapper à leur réalité.
Ses personnages sont volontairement naïfs (Garçon stupide), cherchent à devenir quelqu'un d'autre (Comme des Voleurs), ou déforment la réalité (Un autre homme). Et s'il est un moyen classique d'échapper à la réalité, c'est bien grâce à l'art. Dans Un autre homme, Baier va ainsi reconstruire ou déconstruire les mécanismes qui mènent à la décision. Comment aime-t-on, n'aime-ton pas (une oeuvre, ou plus généralement quelqu'un) ? Qu'est-ce que ce mélange d'attirance et de rejet qui conduit le public / le critique à formuler une opinion ? Vit-on et crée-t-on réellement ce que l'on pense ou fait-on seulement ce que le regard des autres nous permett de faire ? Sans tomber dans le piège de la mise en abime, en rendant hommage esthète et connaisseur à La Nouvelle Vague française et en ayant l'élégance de l'autocritique, le tout dans un noir et blanc vidéo léché, Baier poursuit sa route bien singulière. On en redemande.
Un autre homme de Lionel Baier (Suisse, 2008) avec Robin Harsch, Natascha Koutchoumov, Elodie Weber. Sortie salles le 6 mai 2009
Commentaires
Avant, je pensais que le cinéma suisse c'était chiant (La salamandre etc). Je ne savais pas qu'il y avait une nouvelle génération suisse. Pourriez-vous pousser votre article et nous en parler plus longuement ?
john johnCher John John,
Chaque année au festival Hors-Ecran vous pouvez découvrir des films inédits suisses - nous en sommes très friands et faisons le pari qu'après le cinéma allemand, c'est le futur du cinéma européen. Commencez par vous procurer les films de Jean-Stéphane Bron et de Lionel Baier coté cinéma suisse francophone. Vous avez peut être aussi raté le formidable Chrigu, chroniqué dans ces colonnes, qui vous donnera idée de la formidable inventivité des réalisateurs suisse germanophones... Bonnes découvertes !
Bien amicalement
Luc MLuc Martinon