Oui, oh bon ça va. On peut aussi se laisser porter par la vie et oublier de tenir à jour un certain blog ! Mais trêve de fausses et plates excuses, haro sur les films. Qu'avons nous de bien et de moins bien ces derniers jours à Cannes ?
Prophète. Nul n'est prophète en son pays, dit l'adage. Pourtant, c'est bien à Cannes que Jacques Audiard s'est fait longuement applaudir pour son nouvel opus. Pas de ces applaudissements polis de fans habitués ou de ces applaudissements snobs de gens qui aiment par obligation. De vrais applaudissements pour un film sincère jusque dans son sujet. Depuis le début de son œuvre, Audiard s'intéresse à la construction du héros. Au sens quasi-mythologique du terme : forgé dans les épreuves et les travaux, le héros fait bonnes et mauvaises actions. Dans Un prophète, le héros est en prison. De simple prisonnier arabe, il va s'intégrer à une bande corse (intégration... valeur républicaine s'il en est, quelle intelligence politique !) pour grimper petit à petit l'échelle du crime organisé. On ne dira pas grand chose de plus d'un des films les plus réussis du cinéma français de ces 10 dernières années, si ce n'est que les 2h30 passent comme si elles n'étaient que leur moitié. On en redemanderait presque.
Compèt. Looking for Eric de Ken Loach est un pari amusant. Un vieux postier déprimé retrouve le gout à la vie grâce aux apparitions de Eric Cantona, son idole. Entre second degré assumé (Cantona joue avec son image et enchaine les aphorismes les plus alambiqués) et comédie romantique plutôt amusante (voire cette gueule cassée reconquérir sa première femme grâce à son équipe de supporters chauve et bedonnant, un bon coup de pied dans la gueule de MTV !), le film a surpris la Croisette en faisant souffler un vent de fraicheur bienvenu. Il reste néanmoins largement mineur.
Gonflette. Antichrist de Lars Von Trier est un vrai soufflé qui se dégonfle : arrivé à Cannes avec la rumeur de film sulfureux avec plans de sexe non simulés, le nouveau Lars Von Trier oscille constamment entre kitsch (la séance OBAO du prologue est à mourir de rire) et ratage mystique. Problème : on voit là les limites du travail du petit Lars : à trop vouloir choquer la bourgeoise, son cinéma devient prévisible. Pire, prétentieux, voire... bourgeois. Pas inintéressant, mais complètement inutile.
Planète. Rachel Weisz est une bombe. Simple, souriante, charmante et émouvante, elle est en vrai 100 fois plus magnifique qu'à l'écran - c'est donc pas peu dire. Dans Agora, le nouveau film d'Alejandro Amenabar, elle tient le rôle de Hypathia, jeune philosophe grecque qui va vivre, au 4e siècle, les guerres de religion qui ont secoué Alexandrie et ont causé la perte de sa grande bibliothèque. Le film est très surprenant. Sur un scénario qui fourmille d'idées philosophiques (la recherche de sa place sur Terre et dans l'univers, la recherche de Dieu et la compréhension de la création), Amenabar signe un quasi pamphlet contre la religion chrétienne qui a, réalité historique, étouffé pendant longtemps des vérités scientifiques qui ont empêché de façon certaine l'évolution de la société. Si on porte un regard artistique sur le film, l'image, les effets spéciaux sont plutôt réussis. Mais depuis Les Autres, les personnages d'Amenabar sont monolithiques et n'évoluent pas au cours des films. Cela peut donner au film un éclat plutôt ennuyeux, voire gravement empêcher certaines émotions de s'installer. On dirait qu'à ne pas faire confiance à ses personnages, Amenabar ne fait pas non plus confiance à ces acteurs et certaines scènes en pâtissent - notamment la dernière, entrecoupée d'inserts idiots alors que la prise seule suffirait à faire pleurer Jules César lui même. On est donc ressorti mi-figue, mi-raisin. Dommage.
Pépette. On a revu Pierrot le fou dans une copie qu'on nous avait promis splendide. Certes, l'image était effectivement magnifique, mais le son était un crin-crin inécoutable qui a fini par nous énerver plus qu'à nous émerveiller. Pas assez d'argent pour épurer le son mono qui se désagrège ? Quel dommage de perdre le travail toujours poussé de Godard sur l'aspect sonore ! On a du coup eu bien du mal à nous concentrer sur ce poème visuel. Un film mythique et définitivement à part, même s'il snobbe parfois un peu son public à trop vouloir être "arty".
Fumette. On a découvert, à La Quinzaine des Réalisateurs, un film comique générationnel formidable, Les beaux gosses. C'est Riad Sattouf qui écrit et réalise et ça se voit. Dans l'éducation sentimentale et le parcours des ces jeunes ados boutonneux, qui ne retrouvera pas un fils, un neveu... ou une part de soir ? Avec en prime, la participation joyeuse et réussie d'Irène Jacob, Emmanuelle Devos... On trouve dans le film tout ce qui fait notre joie dans les albums du jeune homme : fraicheur, satire, ironie... et une bonne dose de mauvais esprit. On ne racontera pas la blague du petit Grégory non pour éviter de vous gâcher le plaisir, mais parce qu'on risque de se payer un fou rire rien qu'à y penser. Le film sort bientôt, on en reparle donc très vite...