Un des problèmes de Cannes, c'est les gens. Il y a trop de gens dans les rues pour se rendre aux rendez-vous, trop de gens aux séances de la Quinzaine pour pouvoir entrer. Du coup, on a passé un mardi plutôt bredouille où on a rencontré beaucoup de gens (en retard), mais où on a pas pu assister au parait-il excellent I Love You Philipp Morris avec Jim Carrey en gay. Exit le mardi, donc, et bonjour au mercredi qui nous a surpris : les films qu'on redoutait étaient excellents, et les films qu'on attendaient étaient décevants !

Tarantino. Le film le plus attendu du festival c'était bien évidemment Inglorious Bastards de Quentin Tarantino. Présenté dans une copie de travail, le film fait pourtant 2h40. Autant vous dire que l'auteur de ces lignes avait détesté Boulevard de la mort et ses tunnels de dialogue qui ne menaient strictement à rien ; il s'attendait donc au pire. D'autant que le film est divisé en 5 chapitres et quasi autant de séquences. Pourtant il faut bien l'admettre, cette fois, ça marche. Tarantino mets son sens visuel et auditif de la mise en scène au profit de situations bavardes mais dont aucun des mots ne sera innocent. Le dialogue - voire le dialogue du corps - fait avancer l'action, et la pochade marche. On ne boude pas son plaisir même si le film n'est pas un grand film d'auteur, notamment la faute à des acteurs plutôt mauvais (à part notre Mélanie Laurent nationale, et, curieusement, le réalisateur Eli Roth). Quant au rôle de Mme Mimieux, que la rumeur avait au début attribué à Isabelle Huppert, puis à Maggie Cheung, il a apparemment été coupé au montage (on engage le réalisateur à agiter encore ses ciseaux avant de livrer sa copie définitive). Une bonne surprise.

Resnais. On a eu peur pour le grand Alain, s'étant fait remarqué par son absence pendant la montée des marches de son équipe. Soulagement, il apparait, en haut des marches et on le retrouve saluant gaillardement la salle à l'intérieur du Palais. Longue Standing-Ovation avant le film, Les Herbes Folles. Film par ailleurs magnifiquement mis en scène, mais dont on n'a finalement pas compris grand chose. Hésitant sans arrêt entre classicisme et surréalisme, le scénario pêche à livrer le matériau concret nécessaire à exploiter l'aigre-doux cher à Resnais. Dommage.

Raimi. Journée pochade, donc, puisqu'après une petite pause, on a enchainé avec le Drag me to Hell de Sam Raimi. une jeune femme, en charge de la gestion des prêts dans sa banque, est trop "gentille" avec les clients et ses collègues pour atteindre le poste de directeur adjoint qu'elle convoite. Pour obtenir l'objet de ses désirs, elle doit apprendre à marcher sur les pieds de ses contemporains (joyeuse vision satirique du capitalisme). Elle choisit mal une de ses cibles, et refuse son aide à une gitane qui va la maudire et envoyer à la poursuite de son âme un esprit malfaisant, le Lamia. Plutôt amusant, le film a un énorme problème de scénario, puisque dès le départ on est prévenu que la jeune fille en a pour trois jours de souffrances avant de se voir trainée vers l'enfer. Ainsi, les péripéties s'enchainent, systématiques (je suis seul, je sens l'esprit arriver, il arrive et il me fait du mal) et balourdes (pourquoi faut il toujours faire intervenir un médium dans les histoires d'esprit). Le rebondissement final lui même est tellement prévisible qu'il en est presque risible. Réalisé par un autre, le film serait passé inapperçu, enième production d'un habile faiseur. Las, ici, on s'ennuie ferme devant un manque d'imagination flagrant, malgré quelques passages amusants.