Le 15 décembre 2006 un des derniers cinémas indépendant du centre ville ferme. Influence néfaste des multiplexes de bordure de ville ? Conséquence d'une programmation mal gérée ? Ni l'un ni l'autre. A l'époque, le Cinéma Ambiance reçoit bon an mal an 80 000 spectateurs, ce qui lui permet d'atteindre le seuil d'équilibre financier. Cinéma de quartier, il est fréquenté par de nombreux spectateurs ne s'aventurant pas dans les autres cinémas : un cinéma grand public, familial. Il faut savoir que Lyon, seconde ville dans la fréquentation du cinéma, est aussi la ville la moins bien lotie en cinémas de centre ville dans les 5 plus grosses villes de France.

Le problème, c'est que le propriétaire de l'Ambiance a investi dans d'autres cinémas, des multiplexes en banlieue de Besançon, et ce, à perte... Les bénéfices de l'Ambiance lui permettent de boucher les trous financiers un certain temps, jusqu'au moment où, ne pouvant plus joindre les deux bouts, il choisit de vendre le cinéma. Négligeant les offres faites conjointement par l'URFOL (association de diffusion du cinéma) et certains employés du cinéma, le propriétaire décide alors de vendre l'immeuble à ANF, déjà propriétaire des murs de 75 % des immeubles du quartier, et sponsor de la fête des Lumières.

Il ne reste aux Lyonnais qu'à regretter leur cinéma défunt ; la plupart des spectateurs de l'Ambiance, dépités, ne se sont pas reportés sur les autres salles de cinéma, et la fréquentation totale des salles lyonnaises en a chût un temps.

C'est l'histoire du mauvais vouloir d'un individu, mais aussi d'une législation foireuse. En effet, et contrairement aux autres établissements de type théâtre ou salles de concerts, l'ouverture ou la fermeture de salles de cinéma n'est pas soumise à la cosignature du Maire, il n'a donc aucun droit opposable. C'est aussi l'histoire d'un désintérêt progressivement total des politiques envers la culture et l'individu. En effet, alors que Lyon brigue le mandat de capitale européenne de la culture en 2013, qui peut faire objectivement le bilan positif des actions municipales dans le cadre du soutien aux nouveaux évènements, ou, plus spécialement, du cinéma ? On peut se tourner vers l'exemple de nos voisins européens, justement. Il n'est pas rare, dans les états voisins comme l'Espagne, que des salles de concert ou cinéma en perdition soient rachetés et gérés par des entreprises, par exemple une marque de bière. Un moyen détourné de faire une grande opération de communication à moindre coût, puisque la devanture devient un endroit idéal pour faire la publicité, et l'intérieur pour faire des réceptions haut de gamme.

Malheureusement, on peut parier que le désintérêt progressif des budgets publics et privés pour la culture en France ne fera que croitre dans les années à venir. La chute de l'Ambiance, c'est avant tout une histoire de notre temps.