Boorman, une rétrospective à Lyon
Par Lug Cinéma, mercredi 14 mai 2008 à 18:45 :: Cinéma :: #97 :: rss
Que se passe-t-il à l’Institut Lumière ? Après avoir réussi haut la main sa rétrospective la plus ambitieuse et la plus aboutie depuis sa création (la rétro John Ford), la programmation ne nous laisse pas de temps morts et saute d’une rétro Mankiewicz (aux copies d’époques) à une rétro John Boorman, un des cinéastes les plus intrigants de la fin de siècle dernier. On frise donc à la fois la surchauffe et l’excellence de saison, après plusieurs années en demi-teintes.

Fait d'armes. Soyons déjà partiaux : si il y a un film de Boorman qu’il faut voir, c’est The General. Le noir et blanc sublime, la mise en scène majestueuse, l’histoire, l’interprétation font de ce film primé à Cannes sous Gilles Jacob un chef d’œuvre assez méconnu mais inoubliable (l’occasion, donc de rattraper l’erreur). Le film raconte l’histoire d’un gangster irlandais en pleine période trouble (IRA) des années 60, et montre sa façon de vivre comme une rébellion contre l’ordre établi. On retrouve donc dans le film les thématiques chères à l’auteur (la destruction, l’anarchie, le défi des puissances supérieures) et on peut se demander dans quelles proportions le gangster Cahill ne représente pas la convergence de tous les personnages masculins de l’auteur. Un must, donc.

A la recherche du temps perdu. On note aussi les curiosités excentriques (Tiger’s Tail, l’inédit de la rétro, n’est pas le meilleur Boorman, mais le thème abordé n’est pas sans rappeler la dualité bien/mal qui hante l’œuvre du cinéaste… d’autant que c’est Brendan Gleeson, l’interprète de Cahill dans The General, qui joue le rôle principal) et les films qu’on n’a pas forcément apprécié à leur sortie (L’exorciste 2, l’hérétique), les films fort à propos (Rangoon, qui révéla Patricia Arquette, et met cette dernière face à une tentative de renversement de la junte militaire birmane), les nanars complets mais qu’on aime bien quand même (Zardoz, avec Charlotte Rampling et Sean Connery), et bien sûr, les grands classiques (La Forêt d’Emeraude, Excalibur, Delivrance) qui ont déjà fait les grandes heures de l’Institut et du Cinéma Opéra.

Que reste-t-il de nos amours ? Mais on s’attardera surtout sur les raretés à découvrir absolument : Leo the Last, avec Marcello Mastroianni, les deux films avec Lee Marvin Le Point de non retour et Duel dans le pacifique, ainsi que Tout pour réussir avec Uma Thurman, et évidemment, notre gros coup de cœur qu’il FAUT voir sur grand écran, Hope and Glory.

Un Ciment, des fondations. Heroïc-fantasy, fantastique, bluettes, polars... Du beau travail, d’autant plus que l’habituel Michel Ciment vient faire un tour pour parler du réalisateur (lire le très intéressant livre de Michel Ciment, John Boorman : un visionnaire en son temps, chez Calmann-Lévy, (1985), environ 300 pages). Sûr qu’il soulignera l’influence de Boorman sur la jeune génération des cinéastes américains : adeptes du montage (Soderbergh), du travail sur l’environnement sonore (PT Anderson), voire de ses propres thèmes de prédilection (David Fincher)... Si Boorman n'a pas la constance ni la clair-voyance d'un Lumet, il reste un des cinéastes les plus intéressants de la fin du 20ème siècle. Courez à l'Institut.
Jusqu'au 15 juillet 2008, Institut Lumière. Horaires et tarifs sur www.institut-lumiere.org
Crédits photos : Collection Institut Lumière
LM






















Commentaires
1. Le jeudi 15 mai 2008 à 19:09, par giorgio
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